Ces dernières années, le régime cétogène pauvre en glucides et riche en graisses (LCHF) est devenu un régime populaire auprès des athlètes d’endurance. L’objectif du LCHF est d’augmenter l’oxydation des graisses tout en épargnant les réserves limitées de glucides dans les muscles. La question de savoir si et dans quelle mesure les performances peuvent être maximisées avec une oxydation des graisses optimisée a été étudiée par Burke et al. en 2017 via une étude. Dans une autre étude récente, cette question a à nouveau été examinée. Il s’agissait d’étendre le protocole de l’étude afin d’examiner la réadaptation à un régime riche en glucides (HCHO) à la fin de l’intervention LCHF et l’impact sur les performances en course.
En raison de l’intérêt médiatique et scientifique considérable, les résultats de l’étude Supernova de Burke et al. publiée en 2017 ont été testés pour leur fiabilité avec une extension du protocole. L’étude a été menée auprès de marcheurs d’élite australiens, hommes et femmes, lors d’un camp d’entraînement de plusieurs semaines. Trois régimes alimentaires différents (haute disponibilité en glucides (HCHO), disponibilité périodique en glucides (PCHO) et faible teneur en glucides et en graisses (LCHF)) et leur influence sur divers paramètres de performance ont été comparés. L’objectif de l’étude était d’examiner l’effet d’un régime LCHF à court terme (après une intervention de 3 semaines) et après la reconstitution des réserves de glucides.
Méthode
- 26 marcheurs d’élite (19 hommes, 7 femmes)
- Plan d’entraînement et de repas structurés de 5½ semaines pendant le camp d’entraînement, divisé en 3 phases
- Jour 1-5 : course test de 10’000 m et mesures de base
- Jour 5 : répartition dans l’un des trois groupes alimentaires (HCHO : n=8, PCHO : n=8, LCHF : n=10)
- Phase 1 adaptation (jour 5-30) : programme d’entraînement intensif + intervention nutritionnelle appropriée (40 kcal/kg FFM/jour) en fonction de la répartition des groupes (HCHO, PCHO, LCHF)
- Jour 30 : répétition de la course test de 10’000 m et mesures de base
- Phase 2 désadaptation (jour 30-40) : HCHO pour tous les groupes (sous-groupes CHO/HCHO pour les groupes Adaptation-CHO (n=11) et LCHF/HCHO pour le groupe Adaptation-LCHF (n=8))
- Phase 3 (jours 40-46) : régime alimentaire propre à la pré-compétition axé sur les glucides + programme d’entraînement propre à la préparation de la compétition
- Jour 47 : Championnats nationaux, 20 km de marche
- Paramètres de mesure : VO2peak, oxydation des graisses et des hydrates de carbone, puissance sur 10’000 m, « économie de marche »
Résultats
- LCHF :
- augmentation de l’oxydation des graisses (de 0,6 à 1,3 g/min), réduction de l’oxydation des glucides (de 2,6 à 0,9 g/min) en phase 2
- diminution significative du poids corporel (de 66,6 à 63,8 kg) par rapport aux autres groupes de régime en phase 2, mais l’effet a disparu en phase 3 après reconstitution des réserves de glycogène
- augmentation significative de la perception subjective de l’effort, de la fréquence cardiaque et de la dépense métabolique (demande en oxygène) à des vitesses adaptées à la compétition (20 km et 50 km)
- Baisse significative de la performance sur 10’000m de 3,3% (+ 86 sec)
- HCHO :
- amélioration significative des performances sur 10’000m de 4,8% (- 134 sec)
- amélioration des performances de 2,3 % (aux championnats nationaux sur 20 km) par rapport à la situation avant l’intervention
- PCHO
- augmentation significative des performances sur 10’000m de 2,2% (- 61 sec)
- VO2peak : augmentation significative (+ 0,35 à 2,74 ml/min/kg) dans tous les groupes en phase 2
Commentaire
Cette deuxième étude Supernova a permis de confirmer les résultats de la première étude. Un régime LCHF à long terme et un régime périodisé pendant les phases d’entraînement et de compétition n’optimisent pas les performances des athlètes d’endurance par rapport à un régime HCHO. Les avantages d’un régime LCHF sont limités, voire inexistants, à quelques sports d’endurance (ex : ironman). Tout au plus, un régime cétogène LCHF pourrait être envisagé pour les athlètes d’élite adultes si l’objectif est une réduction de la masse grasse et du pourcentage de graisse corporelle. Il convient de noter qu’il existe de grandes différences individuelles et des répondants comme des non-répondants. En outre, un apport réduit en glucides entraîne généralement une récupération limitée. L’utilisation d’un tel régime en tenant compte d’une oxydation réduite des glucides doit être pesée dans ses avantages et ses risques pour chaque athlète et chaque sport individuellement.
Auteur : Sarina Kyburz & Dr. sc. nat. Joëlle Flück
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