Dans de nombreux sports, la santé des os ou une densité osseuse optimale est très importante pour rester en bonne santé à long terme et prévenir les blessures. C’est d’autant plus important dans les sports qui sollicitent fortement les os, car une densité osseuse réduite augmente le risque de fractures de fatigue. L’aviron est un sport de ce type.

Dans l’aviron, certains facteurs ont une influence sur la densité osseuse et sur la vulnérabilité aux blessures. D’une part, le volume et l’intensité de l’entraînement sont très élevés. D’autre part, il s’agit d’un sport avec des catégories de poids, où « faire du poids », c’est-à-dire perdre du poids en peu de temps, est à l’ordre du jour chez les rameurs de poids légers. C’est justement chez ces athlètes, qui ne peuvent pas maintenir leur poids dans la fourchette requise, qu’il résulte souvent une diminution de l’apport énergétique lors d’une charge d’entraînement élevée. La conséquence à long terme est une diminution de la densité osseuse et, par conséquent, un risque accru de fractures de fatigue, principalement au niveau de l’arc costal. Outre l’apport énergétique, d’autres stratégies sont régulièrement discutées pour contribuer à la santé des os. L’une d’entre elles consiste à augmenter l’apport en calcium avant les séances d’endurance prolongées afin de lutter contre la perte osseuse. Cette étude a examiné l’augmentation de l’apport en calcium avant les exercices d’endurance par rapport à un faible apport et ses effets sur différents biomarqueurs osseux.

Méthode

  • Conception d’étude randomisée en cross-over
  • 16 rameurs d’élite masculins ont effectué chacun un essai avec une semaine d’intervalle entre les deux.
  • L’essai comprenait deux séances de 90 min à un effort sous-maximal (2 mmol/L de lactate dans le test progressif) sur le rameur ergométrique avec 150 minutes de repos entre les deux.
  • Avant chaque séance d’entraînement, des repas et des collations avec un apport élevé en calcium (CAL : environ 1000 mg de calcium) ou isocalorique avec un apport faible en calcium (CON : <10 mg de calcium) ont été consommés.
  • Les paramètres biochimiques (parathormone (PTH), vitamine D, CTX, fT3, testostérone et testostérone libre, IGF-1, hémoglobine, hématocrite, calcium ionisé) ont été mesurés à intervalles réguliers avant le repas, avant l’entraînement et après l’entraînement.
  • La composition corporelle et la densité de la surface osseuse dans la colonne vertébrale lombaire et le fémur (aBMD) ont été relevées par DXA.
  • Repas : birchermüesli et sandwich (chez CON avec un substitut de yaourt à base de plantes, du « fromage » végétalien ainsi que de la boisson aux amandes comme repas à faible apport en calcium) ; 75 min après le repas, les sujets ont reçu un muffin.

Résultats 

  • L’aBMD (colonne lombaire et fémur) était normale chez tous les participants sauf chez deux d’entre eux présentant une densité réduite (Z-score < -1).
  • Six athlètes avec un niveau de vitamine D insuffisant (< 80 nmol/L), mais pas de carence (<50 nmol/L).
  • Les biomarqueurs hormonaux (ex. IGF-1, testostérone et fT3) se situaient tous dans la plage de référence.
  • Bien que l’apport alimentaire ait été standardisé autant que possible, l’apport énergétique, protéique et lipidique était légèrement plus élevé dans le groue CAL ; aucune différence dans l’apport en glucides.
  • Aucune différence significative dans l’intensité de l’entraînement
  • Le calcium ionisé était plus élevé dans le CAL par rapport au CON à tous les moments.
  • Même après les séances d’entraînement, le calcium ionisé était 4,5 et 2,4 % plus élevé dans le CAL par rapport au CON
  • La baisse du calcium ionisé était associée à une augmentation de la PTH (p<0.05) et de la β-CTX-I (p<0.0001).

Commentaire

La prise d’un repas riche en calcium avant la séance d’entraînement a eu une influence positive sur la stabilisation du calcium ionisé pendant la séance. Cela a réduit l’augmentation de la PTH après l’essai et pourrait donc avoir un effet positif sur le maintien de la santé osseuse. Il convient d’étudier si cela permet de prévenir une diminution de la densité osseuse à long terme. Pour cela, des études à long terme sont nécessaires pour observer l’effet d’un tel apport de calcium « pré-exercice » sur la santé des os sur une longue période. En outre, l’alimentation semble être une autre stratégie importante pour préserver la santé osseuse en prévenant un déficit énergétique chronique ou une faible disponibilité énergétique.

Littérature

Lundy et al., The Impact of Acute Calcium Intake on Bone Turnover Markers during a Training Day in Elite Male Rowers, Medicine & Science in Sports & Exercise, 2022

Traduction : Séverine Chédel