La dernière mise à jour pratique a décrit les bases du RED-S, le bilan énergétique au cours de la journée et les parallèles avec le surentraînement. Elle a également mis en évidence l’importance d’un apport énergétique et glucidique bien réparti sur la journée et adapté à l’entraînement. La deuxième partie traite des effets spécifiques et les différences entre les femmes et les hommes. En outre, les possibilités d’optimisation et de prévention sont expliquées à l’aide d’un exemple pratique.

Un RED-S a des effets négatifs sur la santé (notamment sur la densité osseuse et les troubles hormonaux) et sur la performance (notamment sur les réserves d’énergie, la fatigue et la vulnérabilité face aux blessures). Bien que les athlètes masculins soient autant concernés que les athlètes féminines, il existe quelques différences :

1) Les hommes sont moins souvent touchés que les femmes.

2) En l’état actuel des connaissances, il n’est pas possible de définir un seuil spécifique de disponibilité énergétique insuffisante pour les hommes, comme c’est le cas pour les femmes (<30kcal/kg FFM). On suppose qu’un déficit énergétique plus important peut survenir chez les hommes avant que des effets négatifs sur la santé et la performance ne se produisent.

3) Comme chez les femmes, il existe différentes causes de faible disponibilité énergétique chez les hommes : perte de poids intentionnelle, faible apport énergétique inconscient ou trouble alimentaire. Les athlètes masculins s’efforcent généralement d’avoir un corps musclé et défini pour des raisons culturelles et idéologiques. Chez les athlètes féminines, l’accent est souvent mis sur le fait d’être le plus mince ou le plus léger possible.

4) En ce qui concerne les fonctions de reproduction, c’est principalement un volume d’entraînement élevé, et non une faible disponibilité énergétique, qui entraîne chez les hommes une suppression de la concentration d’hormones de reproduction, une altération de la qualité du sperme et une baisse de la libido. Une fois le stress de l’entraînement disparu, ces fonctions se rétablissent.

5) En ce qui concerne la santé osseuse, des études indiquent que les athlètes masculins, comme les athlètes féminines, sont plus souvent touchés par ce problème dans les sports avec un lien sensible au poids (notamment les sports d’endurance, l’escalade, le saut à ski) et présentent un risque plus élevé de fractures de fatigue.

Exemple pratique

Luna*, 17 ans, est au lycée. Elle est nageuse et depuis cette saison, elle s’entraîne en plus 2 fois tôt le matin pendant 90 minutes et se rend une troisième fois à la salle de musculation. Cela représente un total de 14 heures dans l’eau et 3 heures de musculation. Elle se plaint d’une grande fatigue et de problèmes digestifs (ballonnements, diarrhée). Elle pense que cela est dû au stress de l’école, où les examens de fin d’année sont prévus, mais elle est un peu inquiète car les championnats suisses ont lieu dans quatre semaines et a donc consulté son médecin. Son poids est stable (60 kg, 173 cm), les valeurs de laboratoire standard sont correctes et elle a un cycle menstruel régulier. Le médecin l’envoie en consultation diététique pour des problèmes de digestion. L’anamnèse alimentaire révèle les éléments suivants : elle mange un muesli au petit-déjeuner (yaourt nature, flocons d’avoine, 2 fruits, graines de lin, amandes, miel), à midi, généralement, une grande salade composée avec du poulet ou du fromage et du pain aux graines, parfois aussi un sandwich au pain complet ou des restes de la maison, avant l’entraînement, un ou deux chocolats Farmer ou 4 galettes de riz enrobées de chocolat et une banane ; pendant l’entraînement, elle boit de l’eau et ensuite, elle prend un repas équilibré avec des farineux, des légumes et des aliments protéinés (une portion moyenne) et un fruit en dessert. Cela correspond environ à un apport calorique de 2400 kcal.

Malgré le poids stable, le cycle menstruel régulier et les trois repas principaux équilibrés, il s’agit ici d’un RED-S, car l’apport énergétique ne couvre pas, et de loin, les besoins énergétiques fortement accrus par le sport (estimés ici à >3200 kcal). La soi-disant faible disponibilité énergétique (low energy availability, LEA) peut également être calculée de la manière suivante : Apport énergétique consommé- énergie dépensée pour le sport / kg de masse maigre. Pour Luna, cela donne 2400 kcal – 1100 kcal / 50 kg = 26 kcal/kg de masse maigre. Elle se situe donc en dessous du seuil de 30 kcal / kg.

Ce déficit énergétique, ajouté au stress à l’école et aux deux nuits plus courtes avant l’entraînement matinal, a entraîné une fatigue chronique. Les problèmes digestifs peuvent également être une conséquence du RED-S et sont accentués par l’apport élevé de fructose, de fibres alimentaires et de crudités.

Pour augmenter l’apport énergétique, Luna teste les possibilités suivantes :

  • Augmenter la part de glucides dans les repas principaux et, le cas échéant, réduire légèrement la part de fruits/légumes/salades.
  • Boire un lait chocolaté ou un Emmi latte après les deux entraînements du matin.
  • Pendant la pause de 10 heures, manger une collation contenant des glucides (par ex. des petits pains au maïs)
  • Boire 750 ml de boisson pour sportifs pendant les entraînements (= 55-60 g de glucides).
  • Intégrer une collation dans la soirée (par ex. skyr, fromage blanc).

* Luna est un exemple pour les athlètes de différentes disciplines sportives.

Prévention

Un apport énergétique insuffisant dans le sport est malheureusement loin d’être rare et concerne 22 à 58% des athlètes. Cependant, comme il se développe souvent de manière insidieuse, il n’est détecté que lorsque des symptômes secondaires apparaissent. Ceux-ci, comme la fatigue et les problèmes digestifs de Luna, peuvent être plutôt non spécifiques, mais l’absence de règles ou une fracture de fatigue devraient immédiatement tirer la sonnette d’alarme.

C’est pourquoi il est particulièrement important d’informer largement les athlètes, les entraîneurs, les parents et le staff médical, ainsi que de procéder à un dépistage actif. Pour les athlètes féminines, il existe déjà divers questionnaires validés concernant les troubles alimentaires et l’apport énergétique insuffisant, comme le LEAF-Q, le BEDA-Q, le RST ou le RED-S CAT. Des questionnaires spécifiques pour les athlètes masculins doivent encore être développés ou validés. En cas d’utilisation de ces outils de dépistage, il faut également tenir compte du fait que les questionnaires ont été validés pour des groupes cibles spécifiques et ne peuvent donc pas être appliqués sans précaution à d’autres groupes d’athlètes. En outre, ces questionnaires ne sont pas adaptés au diagnostic et ne remplacent ni une anamnèse détaillée ni un entretien de conseil avec un spécialiste. En cas d’anomalies dans les outils de dépistage, les spécialistes de la médecine du sport, de la nutrition sportive ainsi que de la psychologie du sport peuvent toutefois procéder à des examens complémentaires et planifier une intervention thérapeutique.

Sources

Wiebe DJ, Storey EP, Orchinik JE, et al. The Male Athlete Triad-A Consensus Statement From the Female and Male Athlete Triad Coalition Part 1: Definition and Scientific Basis. Clin J Sport Med. 2021;31(4):345-353.

Logue DM, Madigan SM, Melin A, et al. Low Energy Availability in Athletes 2020: An Updated Narrative Review of Prevalence, Risk, Within-Day Energy Balance, Knowledge, and Impact on Sports Performance. Nutrients. 2020;12(3):835. Published 2020 Mar 20.

Sim A, Burns SF. Review: questionnaires as measures for low energy availability (LEA) and relative energy deficiency in sport (RED-S) in athletes. J Eat Disord. 2021;9(1):41. Published 2021 Mar 31.

Traduction: Séverine Chédel