En raison d’une rupture du ligament croisé et d’une opération de reconstruction consécutive, l’absence de stimulation sur le muscle entraîne une atrophie des muscles squelettiques concernés. Cela entraîne une perte de force ainsi que des déficits fonctionnels et peut même augmenter le risque de blessures secondaires au genou. Dans le cadre du sport de haut niveau, une préservation maximale de la musculature pendant cette phase peut contribuer de manière décisive au succès de la rééducation. Il existe d’innombrables études qui visent les mesures alimentaires possibles en ce qui concerne le maintien ainsi que l’augmentation de la masse musculaire pendant la phase de rééducation. Les raisons d’une atrophie persistante peuvent être la combinaison d’une activation musculaire réduite, de processus inflammatoires, d’une immobilisation et d’un apport nutritionnel non optimal.

En principe, différents mécanismes sont décrits dans lesquels les mesures nutritionnelles ou les suppléments ont un effet pour stopper l’atrophie musculaire ou soutenir la prise de masse musculaire. Ces trois mécanismes concernent d’une part la promotion directe de la synthèse des protéines musculaires, indirectement le renforcement du stimulus d’entraînement ainsi que le soutien de la prolifération et de la différenciation des cellules satellites. Cette revue discute donc des différentes mesures nutritionnelles et des suppléments potentiels qui peuvent être utilisés comme soutien pendant la rééducation après une blessure du ligament croisé.

Méthode

  • Revue de la littérature
  • Les bases de données Medline, Embase et CINAHL ont été utilisées pour la recherche de littérature.
  • Aucune recherche systématique de littérature n’a été effectuée. La littérature pertinente peut manquer.

Résultats

  • Atrophie musculaire : pendant une phase d’immobilisation complète, de décharge ou de repos au lit, une atrophie musculaire se produit très rapidement. Après 2 semaines d’immobilisation, il peut y avoir une perte de 150 à 400 g de masse musculaire par jambe. Différentes molécules de signalisation cellulaires influencent positivement ou négativement la formation et la dégradation des protéines musculaires. La myostatine, par exemple, a une influence négative sur la prolifération et la différenciation des cellules et favorise ainsi l’atrophie musculaire.
  • Disponibilité énergétique : souvent, en cas de blessure, l’apport énergétique est drastiquement réduit en raison de la diminution supposée de l’activité et de la réduction de la dépense énergétique. Des facteurs tels que le déplacement avec des béquilles peuvent influencer la dépense énergétique. De plus, le stress psychosocial entraîne un risque de développer un trouble alimentaire. On suppose qu’un déficit énergétique a une influence négative sur les processus cellulaires moléculaires de la synthèse des protéines musculaires. C’est pourquoi un apport énergétique adéquat semble très important lorsqu’il s’agit de préserver la masse musculaire.
  • Disponibilité des glucides : il a été démontré que la disponibilité des glucides dans les réserves de glycogène a une influence décisive sur le rôle régulateur des processus cellulaires après un entraînement d’endurance. Une restriction en glucides pourrait éventuellement réduire l’hypertrophie musculaire ou augmenter l’oxydation des protéines. Cependant, le rôle des glucides dans le processus de rééducation n’est pas encore totalement élucidé.
  • Apport de protéines : il est connu que l’apport de protéines et d’acide aminé essentiel leucine, sont des composants importants dans la stimulation de la synthèse des protéines musculaires. C’est également le cas lors d’une rééducation après une immobilisation musculaire en phase de reconstruction. Il n’est pas clair si les guidelines diffèrent des recommandations connues en matière de protéines dans le sport. Il y a trop peu de données pour pouvoir faire des recommandations spécifiques à la rééducation ou aux blessures. L’important semble être l’apport total en protéines réparti sur la journée, l’apport en protéines après l’entraînement, la quantité de protéines et de leucine par dose, le type de protéines et la forme de présentation (ex. solide ou liquide, hydrolysat ou aliment).
  • Créatine : ce supplément est probablement l’un des suppléments les mieux étudiés, qui peut contribuer à l’hypertrophie musculaire par le biais d’un apport énergétique optimisé. En particulier pendant les phases de rééducation, une supplémentation en créatine a eu un effet plus important sur la reconstruction musculaire que sans supplémentation.
  • Collagène : en ce qui concerne la synthèse des protéines musculaires et la reconstruction de la masse musculaire, les peptides de collagène ne semblent pas avoir d’effet supplémentaire par rapport à l’utilisation de protéines. Il faudra étudier plus en détail à l’avenir si le collagène a un effet sur la rééducation du ligament croisé antérieur.
  • Caféine : l’utilisation de caféine n’a pas d’effet direct sur la synthèse des protéines musculaires. Cependant, la supplémentation en caféine peut avoir un effet positif sur la contraction musculaire, sur la perception subjective de la fatigue ainsi que sur la concentration et la vigilance. L’utilisation de la caféine peut éventuellement augmenter l’effet d’entraînement ou l’intensité de l’entraînement pendant la phase de rééducation.
  • Acides gras oméga-3 : la prise d’acides gras oméga-3 a des effets positifs sur la santé en ce qui concerne la fonction cognitive, une réduction des paramètres inflammatoires et une amélioration des profils d’acides gras. L’influence des acides gras oméga-3 sur la synthèse des protéines musculaires et donc l’effet pendant une phase de rééducation n’est pas encore totalement élucidée.

Commentaires

Cette revue met en évidence différents aspects nutritionnels pendant une phase de rééducation prolongée après une opération du ligament croisé antérieur. Les études sont très peu nombreuses et la plupart du temps, les participants à l’étude n’étaient pas des personnes actives sur le plan sportif. Il est donc difficile de se prononcer sur les effets réels de la supplémentation pendant la rééducation du ligament croisé antérieur pour reconstruire la masse et la fonction musculaires chez les athlètes. Une proposition de schéma d’utilisation des suppléments est néanmoins décrite dans l’article et peut être utilisée comme guide dans la pratique.

L’article n’aborde pas l’influence du taux de vitamine D ou d’une supplémentation en vitamine D en ce qui concerne la phase de rééducation. Là aussi, il faut s’attendre à une réduction du taux de vitamine D en raison de l’immobilité et des processus inflammatoires accrus après l’opération. Une supplémentation en vitamine D au début de la phase post-opératoire constitue donc également une mesure nutritionnelle possible.

Littérature

Smith et al. (2025) Nutritional Interventions to Attenuate Quadriceps Muscle Deficits following Anterior Cruciate Ligament Injury and Reconstruction. Sports Medicine

Traduction: Séverine Chédel