Jusqu’à présent, l’effet de l’apport en protéines sur le taux d’accumulation des protéines musculaires (synthèse des protéines musculaires) a souvent été étudié sur des sources de protéines isolées. Par le passé, il s’agissait majoritairement de sources de protéines animales comme les protéines de lactosérum ou de caséine. On s’intéresse de plus en plus aux sources de protéines végétales et à leurs effets sur le taux de synthèse des protéines musculaires.
Dans le monde « réel », notre apport en protéines n’est pas constitué de sources individuelles, mais souvent de repas mixtes. Dans ce contexte, on attribue aux sources de protéines purement végétales isolées des propriétés anabolisantes moins importantes que celles des sources animales. La combinaison de différentes sources ainsi que la matrice alimentaire peuvent influencer de manière significative la digestion des protéines et l’absorption des acides aminés. Cela peut à son tour influencer de manière significative l’effet sur le taux de construction musculaire après le repas. Cette étude s’est donc fixé pour objectif d’examiner un menu purement végétalien avec un menu contenant de la viande et leurs effets sur le taux d’accumulation des protéines musculaires chez les personnes âgées. Pour ce faire, nous avons choisi un repas composé soit de 100 g de viande de bœuf (et d’accompagnements), soit d’un repas isocalorique et isonitrogène provenant uniquement de sources végétales.
Methode
- Étude randomisée, équilibrée, en cross-over
- 16 participants âgés (65-85 ans, 8 hommes, 8 femmes) ont été invités à participer à l’étude.
- Un repas contenant de la viande (MEAT ; 100 g de viande de bœuf) a été comparé à un repas végétalien (PLANT).
- Les deux repas contiennent 0,45 g de protéines par kg de poids corporel.
- Le protocole de mesure débute le matin à 6h30 après le repos nocturne, à jeun.
- Biopsie musculaire du muscle vastus lateralis 3 h avant la prise, au moment de la prise ainsi que 3 et 6 h après la prise.
- Prélèvements sanguins avant et après la prise du repas pour déterminer les concentrations d’acides aminés ainsi que la réponse glycémique et insulinique.
- Des échantillons d’air expiré ont également été prélevés aux mêmes moments que les prises de sang.
- Des questionnaires sur l’état gastro-intestinal (avant et après l’ingestion) et sur la palatabilité du repas (après l’ingestion) ont été réalisés.
- Les deux repas étaient isocaloriques et contenaient les mêmes proportions de macronutriments, ainsi qu’une composition identique en acides aminés. L’exactitude de ces données a été vérifiée dans un laboratoire externe.
- MEAT : contient du bœuf comme principale source de protéines, ainsi que des pommes de terre, des haricots et de la compote de pommes.
- PLANT : contenait du quinoa, des fèves de soja, des pois chiches, de l’edamame comme principales sources de protéines et de glucides.
Résultats
- 16 participants âgés à l’étude (8 hommes, 8 femmes : 72 ± 4 y ; 1,70 ± 0,08 m ; 75,4 ± 13,8 kg ; 29,7 ± 5,5 % de graisse corporelle) ont effectué les essais. Une personne a dû être exclue parce qu’elle ne pouvait pas manger un menu (<50%).
- Les participants étaient « actifs », mais ne participaient à aucun entraînement structuré.
- Les deux repas ont été bien tolérés sur le plan gastro-intestinal.
- 13 des 16 participants ont préféré le menu MEAT au menu PLANT (scores plus élevés pour le goût et la texture).
- Le taux de glycémie et d’insuline a augmenté de manière comparable pour les deux repas, atteignant un pic après 60 et 68 minutes.
- Les AAE plasmatiques (acides aminés essentiels, +137%) et la leucine plasmatique (+25%) étaient significativement plus élevés après le MEAT par rapport au PLANT.
- Le taux d’accumulation des protéines musculaires AVANT la prise n’était pas différent pour MEAT (0,037 ± 0,018 %/h) et PLANT (0,037 ± 0,027 %/h).
- Le taux d’accumulation des protéines musculaires APRÈS la prise était significativement plus élevé dans la première phase (0-180 min après la prise) pour MEAT (0.042 ± 0.030 %/h) que pour PLANT (0.023 ± 0.026 %/h) mais pas de différence à 180-360 min après le repas.
- Pendant les 6 heures suivant la prise des repas, le taux d’accumulation des protéines musculaires était supérieur de +47% avec MEAT par rapport à PLANT.
- Le taux d’accumulation des protéines du corps entier était également plus élevé pour MEAT par rapport à PLANT pendant les 6 heures.
Commentaire
Bien que les deux repas aient présenté une quantité identique de protéines et un profil d’acides aminés similaire, des différences ont été observées dans les concentrations d’acides aminés dans le sang et dans le taux d’accumulation des protéines musculaires. La concentration de leucine était plus élevée chez MEAT que chez PLANT après l’ingestion du repas. Ces différences peuvent être dues à une digestibilité et une absorption différentes. Chez les personnes âgées en particulier, on observe souvent une résistance anabolique à l’apport en protéines. Cette étude a toutefois montré une différence entre les deux repas (+47%) avec une augmentation du taux d’accumulation des protéines musculaires après le repas MEAT. Cela indique que la qualité des protéines est encore plus importante chez les personnes âgées, en plus d’une quantité adéquate de protéines. Une étude similaire menée chez de jeunes adultes en bonne santé (Kouw et al. 2021) n’a d’ailleurs montré aucune différence dans le taux d’accumulation des protéines musculaires entre les deux repas.
Sachant que le maintien de la masse musculaire a une influence décisive sur la santé de la population vieillissante et que le nombre et la fréquence des activités sportives sont limités, ces résultats peuvent avoir leur importance. Néanmoins, l’entraînement chez les personnes âgées reste l’une des mesures préventives les plus importantes pour maintenir la masse musculaire et la force plus longtemps et ainsi prévenir les chutes et les hospitalisations qui s’ensuivent.
Littérature
Traduction: Séverine Chédel
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